lundi 23 février 2026
Le Digital Product Passport arrive
DPPSHOP! Le SalonPartenaire
Cet article vous est proposé par Univers Retail by Socratiz, partenaire de SHOP! Le Salon 2026. https://www.universretail.com/
Échéance 2027-2030 pour le textile, délais d'implémentation de 12 à 24 mois : le calendrier semble confortable, mais il est trompeur. Car le DPP n'est pas qu'une obligation réglementaire de plus — c'est une infrastructure de données qui va transformer en profondeur la relation entre fournisseurs, marques, distributeurs et consommateurs. Aucune réglementation n'est enthousiasmante par essence — mais celles qui créent de la valeur client deviennent des avantages concurrentiels. La vraie question n'est donc plus de savoir si vous serez conformes, mais ce que vous ferez de cette conformité.
DPP : comprendre l’infrastructure avant de parler stratégie
Le Digital Product Passport (DPP) est un dispositif instauré par le règlement européen sur l’écoconception des produits durables (ESPR), dans le cadre du Green Deal.
Concrètement, il s’agit d’un identifiant numérique unique associé à un produit physique, contenant des informations sur sa composition, son origine, son impact environnemental, sa réparabilité, son cycle de vie, sa conformité réglementaire.
Accessible via QR code, NFC ou RFID, il accompagne le produit tout au long de sa vie : fabrication, distribution, première vente, réparation, revente, recyclage.
Réduire le DPP à une simple "fiche produit enrichie" serait une erreur. Il s'agit d'une infrastructure de données interopérable, qui oblige les marques, fournisseurs, distributeurs, réparateurs et plateformes à partager des données selon des standards communs. Ce n'est donc pas seulement un outil de transparence : c'est une transformation structurelle de la donnée produit à l'échelle européenne. Et pour les marques comme pour leurs réseaux de distribution, la question ne porte plus sur la définition du DPP, mais sur leur capacité réelle à y répondre : sommes-nous structurellement prêts ?
Se situer : un exercice stratégique, pas un réflexe défensif
Avant de parler gouvernance, outils ou QR codes, une marque doit répondre honnêtement à une question simple : est-on structurellement prêt, ou seulement rassuré ?
Se situer est essentiel, et ce pour trois raisons qui se tiennent. Le DPP est d'abord un sujet d'écosystème — votre niveau de préparation dépend autant de vos propres systèmes que de ceux de vos fournisseurs, distributeurs et partenaires technologiques. Si vos concurrents structurent déjà leurs données amont et que vous ne l'avez pas fait, vous ne serez pas seulement en retard sur le plan réglementaire : vous serez en situation de dépendance. Ensuite, le calendrier réglementaire est trompeur : le déploiement progressif entre 2027 et 2030 crée une illusion de confort, alors que la mise en conformité fournisseur prend souvent plus de temps que la mise en conformité interne, et qu'attendre l'obligation sectorielle officielle, c'est généralement perdre deux cycles budgétaires. Enfin, le DPP est un révélateur de maturité data — il expose les silos internes, les limites des systèmes existants, les fragilités contractuelles avec les fournisseurs. Ne pas se situer, c'est risquer de découvrir ces failles sous contrainte, au pire moment.
Clarifier la gouvernance interne
Le DPP n’avance pas pour des raisons organisationnelles.
Dans la majorité des entreprises, le Digital Product Passport circule entre directions sans véritable propriétaire. Chacun y perçoit une partie du sujet — rarement sa totalité — et le projet finit par stagner, faute de pilote clairement désigné. C'est pourtant un sujet critique : transversal, durable et juridiquement engageant. Sans gouvernance claire, trois risques majeurs apparaissent naturellement : des décisions retardées, un budget fragmenté, et un flou sur les responsabilités en cas de non-conformité.
La RSE porte souvent le sujet sous une impulsion stratégique légitime, mais elle ne maîtrise ni les systèmes, ni les flux fournisseurs, ni les architectures techniques. L'IT doit donc être impliqué pour construire l'infrastructure nécessaire, la Supply Chain pour ancrer le projet dans la réalité terrain — données fournisseurs, traçabilité matière, flux logistiques — et le Produit & Merchandising pour intégrer les contraintes DPP dès la phase de design. Reste ensuite la question que peu d'entreprises tranchent clairement : qui finance, et qui est responsable en cas de non-conformité ?
Le DPP teste ainsi votre gouvernance en révélant la clarté des responsabilités, la capacité à travailler en transverse et la maturité data de l'organisation.
Et l’impact en magasin ?
Le DPP peut rester un simple QR code mais il peut aussi devenir un outil d’aide à la vente ou servir de point d’entrée vers des services post-achat, comme l’activation d’une garantie. Dans ce cas, il prolonge la relation client au-delà de la transaction.
Sans préparation, le risque est réel : multiplication des questions clients, difficulté à interpréter les indicateurs environnementaux, décalage entre discours marketing et données affichées.
Former les équipes et penser l’expérience digitale en point de vente devient alors un enjeu central. Le DPP modifie le rôle du vendeur, qui passe de simple conseiller produit à médiateur de transparence.
La valeur business du DPP ne doit pas rester théorique. Une meilleure information peut réduire les retours liés à un mauvais usage ou à une incompréhension. Une granularité plus fine facilite les rappels ciblés et limite les risques réputationnels. L’identifiant unique peut sécuriser la seconde main et renforcer le contrôle du marché parallèle. L’accès structuré aux données techniques accélère les réparations et améliore l’expérience client. Enfin, l’analyse des données collectées sur la durée de vie des produits nourrit l’amélioration continue et peut réduire les coûts à moyen terme.
Le DPP n’est donc pas seulement une obligation. C’est une infrastructure de donnée produit. La question pour les marques et leurs réseaux de distribution n’est plus de savoir comment être conformes, mais jusqu’où elles veulent exploiter cette infrastructure pour renforcer leur modèle omnicanal, circulaire et relationnel.
Le DPP ne se résume ni à une contrainte réglementaire ni à un simple QR code. Il oblige les marques à clarifier leur gouvernance, structurer leur donnée produit et repenser leur rôle en magasin. Celles qui s’en tiendront au minimum réglementaire assureront leur conformité. Celles qui en feront une infrastructure stratégique renforceront leur résilience, leur crédibilité et leur modèle économique.
La vraie décision n’est donc pas technique. Elle est stratégique.
Pour aller plus loin assistez à la conférence sur SHOP! Le Salon le jeudi 2 avril à 15h :
Comment le Digital Product Passport va-t-il impacter le monde du retail ?